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30 novembre 2007

R.A.S.

Le Président de la République est intervenu hier soir à la télévision. Et comme le dit très justement Laurent Pinsolle sur son blog, « Sarkozy a fait du Sarkozy ».

Il est vrai que l’exercice était extrêmement difficile. Alors que la situation du pays était déjà telle que les marges de manœuvre étaient très faibles (notamment à cause de la dette), on a, dès cet été, dans l’euphorie de la victoire, « claqué » 15 milliards, et pas forcément à destination de ceux qui en avaient le plus besoin. Le Président ne pouvait donc annoncer que des mesures qui ne couteront rien (au moins en apparence) à l’Etat…

La première partie de l’entretien était consacrée à la sécurité, suite aux évènements de Villiers-le-Bel. Nicolas Sarkozy a, pour la circonstance, retrouvé son costume de ministre de l’Intérieur, et le discours qu’il tenait lorsqu’il était place Beauvau. On ne peut qu’être d’accord avec lui sur le constat: tous les actes de vandalisme sont scandaleux, et il n’est pas concevable, dans notre pays (j’allais dire dans notre démocratie), que quiconque puisse s’attaquer aussi violemment aux forces de l’ordre. La situation n’est toutefois pas nouvelle, et il faudra un jour trouver des solutions concrètes, un juste équilibre entre le bâton et la carotte. On attend avec impatience le plan « respect et égalité des chances », promis pour le 22 janvier... Par ailleurs, alors que notre Constitution prévoit que « le Président de la République est garant de l’indépendance de l’autorité judiciaire », il est tout de même étonnant que Nicolas Sarkozy se soit exprimé sur le choix de la juridiction devant laquelle pourraient être traduits les auteurs des troubles de ces derniers jours.

Autre thème, les universités. Vaste sujet… Même si elle ne va pas assez loin, la « loi Pécresse » va dans le bon sens. Il faudrait cependant réfléchir sérieusement à un regroupement de nos universités (sur des critères de compétence, sur des critères géographiques, ou sur un panache des deux, le débat est ouvert), et les frais d’inscription ne doivent plus être un sujet tabou, dès lors que des mécanismes permettant que les ressources financières ne constituent pas un obstacle à l’accès aux études seront prévus en parallèle. La seule réponse que nous ayons obtenue hier soir est que 5 milliards seront accordés. Pour quoi faire ? Et à quel prix ? Sur la deuxième question, nous avons eu la réponse: la vente des « bijoux de famille », 3% d’EDF…

Mais c’est sur le sujet essentiel que chacun se sera concentré, le pouvoir d’achat, et la préoccupation majeure de nombreux citoyens: se loger et manger.

Pour le logement, Nicolas Sarkozy a proposé d’indexer les loyers sur l’inflation, de porter le dépôt de garantie à 1 mois, et de mutualiser le cautionnement. Si l’idée de créer un système d’assurance mutualiste qui permettrait aux locataires de ne plus avoir à verser un dépôt de garantie lorsqu’ils prennent un logement en location est plutôt séduisante, les deux autres propositions apparaissent beaucoup plus perverses. Expliquons à un propriétaire que sa garantie ne portera plus que sur 1 mois de loyer, et que ce dernier sera réévalué de façon moins avantageuse pour lui chaque année. Il est évident qu’il mettra alors son logement en vente, qu’il tentera de le louer moyennant un prix de départ plus élevé, ou qu’il le conservera vide dans l’espoir d’une plus-value à la revente. Sur l’indexation des loyers, il faut savoir qu’il a été mis en place, il y a deux ans, l’Indice de Référence des Loyers, plus avantageux pour le locataire que l’Indice du Coût de la Construction utilisé précédemment (sans toutefois pénaliser exagérément le propriétaire), et que, malgré ces augmentations annuelles, si l’on est locataire de son logement depuis plusieurs années, le loyer demeure toujours largement inférieur aux prix du marché. Il ne faut pas confondre réévaluation annuelle et niveau des loyers, et il y aurait peut-être d’autres pistes à explorer dans ce domaine, notamment en ce qui concerne les frais d’agences lors de la conclusion d’un bail (en général 10% du loyer annuel répartis à parts égales entre locataire et propriétaire), sachant que celles-ci se rémunèrent ensuite en pourcentage des loyers perçus. Concernant le dépôt de garantie, celui-ci est-il toujours nécessaire dès lors que le propriétaire souscrit une assurance loyers impayés ?

Mais se loger n’est pas tout. Il faut aussi se nourrir… Dans ce domaine, on a laissé se constituer un véritable oligopole de la distribution: Carrefour, Auchan, Casino, Leclerc (désolé si j’en ai oublié un). Ils imposent, par leurs volumes d’achats, leurs prix aux fournisseurs, et, par leur fréquente proximité géographique, une situation qui s’apparente à un quasi-monopole, chacun s’alignant, souvent au centime près, sur son concurrent. On a reproché aux opérateurs téléphoniques une entente illicite, la situation des grands groupes de distribution n’est pas différente. Ils ont aussi une responsabilité importante sur la qualité des produits que nous consommons. Mais le seul objectif aujourd’hui semble être qu’ils rendent en partie aux consommateurs ce qu’ils « volent » à leurs fournisseurs.

Autre élément constitutif du pouvoir d’achat, le fameux « travailler plus pour gagner plus ». C’est bien sûr le secret de la réussite. Le paiement des RTT, le travail du dimanche et, au-delà, la remise en cause des 35 heures sont de bonnes idées. Mais il faudrait que ces réformes se fassent autrement que par des « usines à gaz » du type de la défiscalisation des heures supplémentaires, réforme pour laquelle de nombreux DRH ont du suivre une formation spécifique avant de pouvoir la mettre en œuvre.

Bref, le Président de la République a suggéré quelques pistes de réflexion. Mais il est toujours aussi insupportable qu’il tente de nous faire croire qu’il existe un «Super-Sarko» !

La situation de notre pays est complexe et difficile, et Nicolas Sarkozy ferait bien de s’appuyer sur l’ensemble de ses ministres, y-compris le premier d’entre eux, et sur sa majorité parlementaire, dans toute sa diversité, pour y puiser toutes les bonnes idées qui y fourmillent…

Nicolas Sarkozy est un Président comme les autres, et, comme tous ses prédécesseurs, sa côte de popularité vient de passer, au bout de six mois, sous les 50%...

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