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13 décembre 2007

Guignol ?

S’il n’y avait des choses et des évènements beaucoup plus sérieux derrière tout cela, c’est à ce célèbre spectacle lyonnais que pourrait nous faire penser la visite de Mouammar Kadhafi cette semaine sur notre territoire.

On pourrait s’amuser des propos provocateurs du colonel, de cette tente plantée à quelques mètres seulement de l’Elysée dans une résidence de la République, de ces meetings organisés chaque soir à sa gloire à l’UNESCO ou au Pavillon Gabriel, de sa balade sur la Seine qui aura bloqué tout Paris, de sa probable visite à Versailles qui ne manquera certainement pas de piquant, et de tout ce qu’il pourra encore imaginer jusqu’à son départ pour l’Espagne samedi.

On pourrait rire de l’attitude du Président de la République qui n’a d’autre argument pour justifier cette encombrante visite que quelques plus ou moins hypothétiques milliards, qui, pour sauver la face sur les droits de l’homme, obtient in-extremis de son invité fantasque qu’il condamne les attentats en Algérie, et qui, pour faire bonne mesure, reçoit les associations de victimes de l’attentat du DC10 d’UTA.

On pourrait pouffer sur la réaction de Rama Yade qui n’a pas su tirer les conséquences de sa courageuse prise de position, ou sur celle de Bernard Kouchner qui risque l’indigestion à force d’avaler des chapeaux…

La question essentielle demeure cependant la suivante: fallait-il recevoir Kadhafi ?

A priori, la réponse est oui. Depuis 2003, la Lybie a fait des efforts qu’il convient d’encourager et d’accompagner. Une bienveillance mesurée à l’égard de Kadhafi est sans doute plus raisonnable que de prendre le risque de voir arriver au pouvoir après lui des extrémistes radicaux, d’autant plus que la Lybie occupe, géographiquement, une position stratégique entre l’Afrique et le Moyen-Orient. Il ne faut pas non plus oublier que derrière chaque dirigeant d’un pays, il y a un peuple.

Ensuite, tout est question de forme. En l’espèce, le sentiment dominant est que le colonel Kadhafi est cette semaine en terrain conquis, le seul maitre du jeu, et semble pouvoir imposer à son hôte le moindre de ses caprices. Cette visite (et peut-être celles qui vont suivre en Espagne et en Italie) ressemble, même si ce n’est sans doute pas la plus condamnable, à une partie de la rançon que l’Europe aurait à payer pour la libération des infirmières bulgares et du médecin palestinien.

En toute hypothèse, notre Président, qui a érigé la Com’ en principe d’action politique a, ces derniers jours, trouvé un maître. Que Nicolas Sarkozy sache cependant que, malgré les propos très sévères d’Angela Merckel à l’égard de Mouammar Kadhafi, les entreprises allemandes sont bien mieux implantées en Lybie que les sociétés françaises, et que la majorité des contrats que nous pourront négocier avec ce pays, même si nous devons en être très fiers, génèreront essentiellement de l’emploi délocalisé, sans grande influence sur le quotidien des Français, contrairement à ce qu’il a laissé entendre en marge de son déplacement en Lorraine il y a deux jours.

Une fois de plus, la conclusion à tirer de ce voyage, sujet à des polémiques parfois exagérées, est qu’il ne faut pas mélanger la politique et les affaires.

Décidemment, dans l’essentiel de ce qui est « son boulot de pendant cinq ans », la politique étrangère, notre Président fait plutôt dans l’amateurisme.

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