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10 janvier 2008

Gribouille

Comme chacune des interventions du Président de la République, la conférence de presse de mardi ne peut s’analyser d’un seul bloc. Pour mieux l’interpréter, il faut distinguer le fond de la forme, le texte de la mise en scène.

 

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Même si l’on a pu déceler chez le chef de l’Etat une certaine tension laissant transparaitre parfois un zeste d’agressivité, le «one man show» était parfaitement réglé, au point de croire que Nicolas Sarkozy avait été coaché par ses amis Palmade et Bigard. Tout y était, le «bon mot» qui fait rire la salle, l’innocence et la victimisation lorsque l’on aborde la vie privée, l’excès dès que l’on parle de pouvoir personnel ou d’hyper-président (NS se défend alors d’être un dictateur, ce dont personne, absolument personne, ne l’a accusé).

L’une des seules fausses notes au niveau de la Com’ est la réponse en forme de règlement de compte qu’a reçue Laurent Joffrin, le directeur de Libération. Pourtant, monsieur le Président, «les mots ont un sens», même monarchie (venant du grec «monos »-seul, et «arkhein»-gouverner, signifiant donc gouvernement d’une seule personne, sans aucun rapport avec une quelconque hérédité). Pourtant, monsieur le Président, vous avez bien parlé de collaborateur au sujet du Premier Ministre (toutes les rédactions ont retrouvé la trace de vos propos dans les archives de Sud-Ouest, y-compris Le Figaro, et chacun se souvient que François Fillon s’était alors défendu sans que l’Elysée ne dise mot).

 

Sur le fond, les choses sont bien différentes.

 

7cb7ccd2cde9e0a471a6c805e519abb9.jpgLe Président s’est certainement enfin rendu compte que l’essentiel des cadeaux accordés par la loi TEPA étaient destinés à une catégorie de population qui oriente chaque euro gagné vers l’épargne plutôt que vers la consommation, et que les mesures prises en fin d’année 2007 tenaient plus du gadget que de la réforme. Le Président s’est sans doute aperçu que son discours sur le pouvoir d’achat ne passerait pas l’hiver. Il fallait absolument faire diversion.

Ce sera donc «la politique de civilisation» (était-il véritablement utile d’utiliser l’expression à 41 reprises pour nous le faire comprendre ?), et de nouveaux indices pour mesurer la croissance. L ’idée n’est pas mauvaise et même plutôt réaliste, mais les propos seraient tellement plus crédibles s’ils avaient été tenus durant la campagne et les premiers mois du mandat.

La remise en cause des 35 heures est aussi une excellente idée, mais pourquoi exprimer l’inverse dès le lendemain ? Il faut bien entendu maintenir une durée légale du travail, mais, osons le dire, celle-ci doit être portée à 36, 37, 38 ou même 39 heures (tout en respectant bien entendu le «travailler plus pour gagner plus») !

Enfin, la commission visant à modifier le préambule de la Constitution nous renvoie une fois de plus à la vision communautariste de la société, toujours un peu plus poussée à l’extrême. On peut se demander, comme Laurent de Boissieu sur son blog, ce que Simone Veil va faire dans cette galère.

 

En résumé, sur le fond, c’est le flou artistique destiné à passer le cap des élections municipales avec le moins de dégâts possibles, et un infléchissement du discours qui rappelle sous certains aspects les changements de cap auxquels avaient été confrontés François Mitterrand et Jacques Chirac.

 

On nous avait pourtant dit que ce ne serait plus jamais comme avant…

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