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26 juin 2008

16.09 %, ou 135 €

Jean-François Copé a remis hier son rapport « pour une nouvelle télévision publique » au Président de la République.

 

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Ce travail était-il vraiment nécessaire ?

 

Le Chef de l’Etat n’a en effet même pas eu la décence d’attendre ne serait-ce que 24 heures pour annoncer des décisions très éloignées de celles préconisées par la commission. Et dès ce matin, c’est Henri Guaino qui était sur les ondes pour défendre les choix de Nicolas Sarkozy !!!

 

Le débat s’est aussitôt focalisé sur l’éventuelle nomination du président de France Télévisions par le pouvoir exécutif. Pourtant, compte tenu du mode de désignation des membres du CSA, cela ne serait effectivement pas un bouleversement extraordinaire. Mais il est amusant que la décision vienne de celui qui, durant toute sa campagne présidentielle, a toujours affirmé que la désignation des responsables des entreprises publiques devait échapper au seul « fait du prince », et s’opérer de façon plus démocratique…

 

L’idée de supprimer la publicité sur les chaines de télévision publiques afin de dissocier leur ligne éditoriale de toute contrainte commerciale est plutôt bonne, encore eut-il fallu que la décision ait été réfléchie et préparée. Ce n’était visiblement pas le cas, et il a donc été nécessaire de trouver dans l’urgence des ressources de substitution.

 

Pour des raisons purement démagogiques, il a été exclu d’augmenter la redevance audiovisuelle. Pourtant, nos dirigeants, souvent à court d’idées, justifient aujourd’hui fréquemment leurs décisions par le fait que « cela se fait partout ailleurs ». Faut-il alors leur rappeler qu’en Angleterre ou en Allemagne par exemple, la redevance dépasse les 200 €, alors qu’elle est de 116 €  en France ?

 

Il a donc été décidé, entre autre, de prélever une taxe de 0.9% sur le chiffre d’affaires des opérateurs internet et de téléphonie mobile, ceci devant rapporter 370 millions d’euros, soit 16.09% des 2.3 milliards générés par la redevance (rapport de la cour des comptes sur les recettes de 2006).

 

Il est évident que dans un marché de nature oligopolistique comme celui de la téléphonie (rappelons-nous de la récente condamnation des principaux opérateurs pour entente illicite), et dans celui des FAI (qui le devient de plus en plus à force de rachats), cette taxe sera supportée à 100% par le consommateur final.

 

En conséquence, tout se déroulera comme si l’Etat avait augmenté la redevance audiovisuelle de 16.09%, passant de 116 à 135 €…

 

En conséquence, le contribuable risque de payer pour un service public à qui l’on ne donnera au final pas les moyens de ses ambitions, encore moins de celles que l’on feint d’avoir pour lui.

 

En conséquence, après avoir communiqué sur la stratégie du « gagnant-gagnant » depuis des mois, on prendrait le risque de mettre en place un système « perdant-perdant »…

 

« Payer plus pour regarder moins » ?

23 juin 2008

Ce que révèle le « NON » irlandais

Il est assez intéressant d’entendre tout le monde comparer aujourd’hui le refus des irlandais de ratifier le traité de Lisbonne aux « NON(S) » français et néerlandais de 2005, alors que l’on nous a répété pendant des mois que le traité dit « simplifié » n’avait rien à voir avec le TCE de Giscard !!!

 

Au-delà de la polémique, ce referendum confirme, une fois de plus, ce que certains dénonçaient déjà en 1992 au moment du referendum sur Maastricht (adopté de justesse par 51.04% des suffrages exprimés, 49.3% des votants seulement…, malgré une participation honorable de 69.69% !), à savoir que nous poursuivons, depuis plus de 15 ans, la construction de l’Europe à l’envers, en accordant notamment à chaque occasion un pouvoir supplémentaire à des fonctionnaires, des lobbies et des gens nommés (qui sont par ailleurs souvent des recalés du suffrage universel).

 

Le traité de Rome a instauré, en 1957, la Communauté Economique Européenne (CEE). Un peu plus de dix ans après la fin de la seconde guerre mondiale, il était difficile de faire plus, alors que toutes les plaies des conflits successifs n’étaient pas encore cicatrisées.

 

98ed27db04e815ee9021c558990b92e5.jpgDès 1958, la relation de Gaulle / Adenauer a incontestablement été un premier pas vers une possible construction d’une communauté politique européenne.

 

fbb95d3212a7e3b56663969605bfdcc6.jpgLe 22 septembre 1984, Mitterrand et Kohl, main dans la main à Verdun, auraient pu saisir l’opportunité de cette image historique pour élaborer une véritable constitution européenne. Nous n’étions alors que douze, les choses auraient sans doute été nettement plus simples.

 

Ils ont préféré le traité de Maastricht, dont le but essentiel a été de poursuivre une construction économique, et surtout monétaire avec la création de l’euro et d’une Banque Centrale Européenne indépendante pour principal objectif.

 

Le traité de Lisbonne, comme ses prédécesseurs, ne donne toujours pas de pouvoir véritable au parlement européen, pas plus qu’il ne limite ceux de la commission. Même nos parlementaires nationaux, pourtant si prompts, comme le gouvernement, à nous expliquer que tous les maux viennent de Bruxelles, ne s’y trompent pas: mercredi dernier, en lieu et place des questions au gouvernement se tenait un débat sur l’Europe, devant un hémicycle quasi-désert… Bel aveu d’impuissance face à ce « machin » qui nous glisse entre les doigts, échappe aux politiques, à la démocratie tout simplement. Le Meilleur des Mondes (Aldous Huxley – 1931) ne sera peut-être plus un roman de science-fiction pour très longtemps…

 

On peut toujours sauter sur sa chaise comme un cabri en disant « Lisbonne, Lisbonne, Lisbonne », encore faudrait-il que cela aboutisse à quelque chose et signifie quelque chose: