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04 novembre 2008

Pour une véritable concurrence

Si la définition de Frank Knight de la concurrence pure et parfaite et ses cinq conditions (atomicité et homogénéité des marchés, transparence de l’information, liberté d’entrée/sortie des marchés et libre circulation des facteurs de production) présentent un idéal auquel il est difficile de parvenir, le tableau de Stackelberg résume parfaitement la diversité des rapports qui peuvent exister entre acheteurs et vendeurs:

 

081030 Modeles_concurrence.jpg

 

La situation actuelle est très clairement celle de l’oligopole, une minorité de vendeurs imposant leurs règles à des acheteurs qui n’ont aucun moyen de véritablement discuter les offres qui leur sont « proposées ».

 

Pire encore, ces oligopoles qui interviennent en tous domaines (finance, économie, politique, bientôt social ?) arrivent maintenant à imposer leurs règles à ceux qui devraient les définir, les Etats !...

 

Dans le secteur financier, les choses sont très claires, et la colère (sincère ?) du Président est assez révélatrice.

 

Après avoir accordé des crédits risqués aux banques (cf. une notre précédente) plutôt que de rentrer dans leur capital, comment s’étonner que les établissements financiers (dont, d’une façon ou d’une autre, les Etats assumeront au final toutes les erreurs) trainent à respecter leurs engagements en matière de financement de l’économie ?

 

L’exemple de la Caisse d’Epargne (cf. une autre note) peut-il inciter les établissements bancaires à accorder le moindre « crédit » au discours présidentiel ? On se souvient des 750 millions qui avaient entrainé la démission de trois des membres du directoire de l’Ecureuil, dont deux avaient été aussitôt recasés au sein du groupe, le troisième, le Président Charles Milhaud, bientôt 66 ans, semblant alors promis à une retraite bien méritée. On apprend pourtant aujourd’hui que ce dernier préside maintenant le conseil de surveillance d’Océor (il a participé à ce titre, dès le 24 octobre, au conseil de la Banque Tuniso-Koweitienne), filiale « exotique » de la Caisse d’Epargne possédant des établissements abrités dans des zones fiscalement avantageuses (paradis ?), et dont certains sont des rescapés du « naufrage » du Crédit Lyonnais… Charles Milhaud pourrait par ailleurs se voir confier par l’Elysée une mission dans le cadre de l’Union Pour la Méditerranée !...

 

En matière économique, la problématique est du même ordre.

 

Les grandes surfaces et leurs puissantes centrales d’achats dictent leurs règles à leurs fournisseurs lorsqu’ils n’ont pas la taille suffisante pour se défendre, et à leurs clients de façon systématique (on pourrait aussi évoquer leur comportement à l’égard de leurs salariés et, entre autres, une récente condamnation pour non respect du SMIC…).

 

Non contentes de fixer les prix, les grandes enseignes décident aussi de ce que vont consommer leurs « clients » et quand ils vont le faire, par un savant système de promotions, de cartes de fidélité ou de crédit, et autre multiples subterfuges.

 

Reléguées jusqu’à présent dans des zones commerciales périphériques, il ne manquait à leur palmarès que les centres-villes. La loi LME leur permettra, via leurs filiales de hard-discount, de les investir, d’autant plus facilement que la seule proposition du rapport Attali qu’il aurait fallu retenir, la reconnaissance dans le droit français des actions de groupe, a été purement et simplement occultée.

 

Dans le domaine politique, le concept est poussé à son paroxysme, puisque c’est un duopole que l’on tente d’imposer.

 

Il faudrait que les électeurs se contentent d’un choix entre l’UMP et le PS, qui sont devenus deux machines à fabriquer des candidats, incapables de mener une quelconque réflexion politique, se laissant par conséquent imposer leurs idées par différents groupes de pression (représentant généralement de puissants oligopoles), lorsque ce n’est pas par l’actualité…

 

081030 concurrence.jpgPourtant, les politiques sont les seuls à pouvoir mettre fin à la distorsion de la concurrence que nous connaissons en tous domaines, et, après tant de laisser-faire, la tâche est immense en même temps qu’elle est urgente: à force de parier sur la passivité de la société, on se rapproche de plus en plus de l’explosion, qui sera d’autant plus violente que l’on aura duré à contenir sa colère.

 

Appeler à un nouveau « Bretton Woods », dont les accords visaient à mettre en place une organisation monétaire mondiale, n’est sans doute pas la meilleure solution, voire totalement hors sujet. La crise que nous traversons aujourd’hui est une crise de la concurrence. C’est l’OMC qu’il convient de réformer, en s’inspirant peut-être des lois anti-trust de Sherman et de Clayton.

 

La concurrence pure et parfaite est un doux rêve dans lequel chacun trouverait son compte. La constitution d’oligopoles, de monopoles si possible, est une déviance normale de toute société libre, mais elle constitue aussi la seule et unique légitimité de l’existence d’un pouvoir politique chargé de rétablir un certain équilibre par la redistribution, la régulation, et le développement d’un secteur public puissant capable de s’opposer aux dérives du capitalisme.

 

On pourrait donc pousser le raisonnement à l’extrême, et finalement conclure que la crise que nous traversons n’est ni financière, ni économique, mais tout simplement politique.

 

Monsieur le Président, mesdames et messieurs les Ministres, chers parlementaires, de la majorité comme de l’opposition, pensez un peu moins à votre prochain mandat, faites votre boulot !!! Vous verrez, votre réélection ne sera qu’une formalité, et si toutefois les électeurs ne vous renouvellent pas leur suffrage, alors personne ne contestera votre système d’indemnisation « chômage » (puisque la politique est malheureusement aujourd’hui devenue un métier comme un autre) comme c’est le cas aujourd’hui.

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