Midilibre.fr
Tous les blogs | Alerter le modérateur| Envoyer à un ami | Créer un Blog

14 février 2009

14 février 2003

Il y a 6 ans, devant le Conseil de Sécurité des Nations Unies, Dominique de Villepin prononçait un discours désormais gravé dans les mémoires, tout autant que les applaudissements nourris qu’il avait suscités, fait extrêmement rare dans cette assemblée. Tout le monde n’en avait pas mesuré l’importance, mais la France a peut-être alors évité de rentrer dans un conflit qui aurait pu embraser le Proche et Moyen-Orient, dégénérer en guerre de civilisations, voire en conflit mondial.

Depuis, Colin Powell a reconnu, en 2005, que la présentation de la situation qu’il avait faite devant l’ONU était en grande partie fausse et faisait tâche dans sa carrière. Mieux, fin 2008, Georges Bush a déclaré à la télévision américaine que le conflit irakien avait certainement été l’une des erreurs majeures de sa présidence !...

Aussi, à la veille d’une réintégration pleine et entière de la France dans l’OTAN, il peut-être utile de relire le discours de Dominique de Villepin. Il portait la parole originale de la France que tant de pays respectent et apprécient, mais qui risque de se fondre dans une alliance atlantique qui apparaitra alors un peu plus comme un mur entre orient et occident.

« Monsieur le Président,

Monsieur le Secrétaire général,

Madame et Messieurs les Ministres,

Messieurs les Ambassadeurs,

090214 DDV ONU-2.jpgJe remercie MM. Blix et El Baradei pour les indications qu'ils viennent de nous fournir sur la poursuite des inspections en Iraq. Je tiens à nouveau à leur exprimer la confiance et le plein soutien de la France dans leur mission.

Vous savez le prix que la France attache, depuis l'origine de la crise iraquienne, à l'unité du Conseil de Sécurité. Cette unité repose aujourd'hui sur deux éléments essentiels :

Nous poursuivons ensemble l'objectif d'un désarmement effectif de l'Iraq. Nous avons en ce domaine une obligation de résultat. Ne mettons pas en doute notre engagement commun en ce sens. Nous assumons collectivement cette lourde responsabilité qui ne doit laisser place ni aux arrière-pensées, ni aux procès d'intention. Soyons clairs : aucun d'entre nous n'éprouve la moindre complaisance à l'égard de Saddam Hussein et du régime iraquien.

En adoptant à l'unanimité la résolution 1441, nous avons collectivement marqué notre accord avec la démarche en deux temps proposée par la France : le choix du désarmement par la voie des inspections et, en cas d'échec de cette stratégie, l'examen par le Conseil de Sécurité de toutes les options, y compris celle du recours à la force. C'est bien dans ce scénario d'échec des inspections, et dans ce cas seulement, que pourrait se justifier une seconde résolution.

La question qui se pose aujourd'hui est simple : considérons-nous en conscience que le désarmement par les missions d'inspection est désormais une voie sans issue ? Ou bien, estimons-nous que les possibilités en matière d'inspection offertes par la résolution 1441 n'ont pas encore été toutes explorées ?

En réponse à cette question, la France a deux convictions:

la première, c'est que l'option des inspections n'a pas été conduite jusqu'à son terme et peut apporter une réponse efficace à l'impératif du désarmement de l'Iraq ; la deuxième, c'est qu'un usage de la force serait si lourd de conséquences pour les hommes, pour la région et pour la stabilité internationale qu'il ne saurait être envisagé qu'en dernière extrémité.

Or, que venons-nous d'entendre, à travers le rapport de MM. Blix et El Baradei ? Nous venons d'entendre que les inspections donnent des résultats. Bien sûr, chacun d'entre nous veut davantage et nous continuerons ensemble à faire pression sur Bagdad pour obtenir plus. Mais les inspections donnent des résultats.

Lors de leurs précédentes interventions au Conseil de sécurité, le 27 janvier, le Président exécutif de la CCVINU et le Directeur général de l'AIEA avaient identifié précisément les domaines dans lesquels des progrès étaient attendus. Sur plusieurs de ces points, des avancées significatives ont été obtenues :

Dans les domaines chimique et biologique, les Iraquiens ont remis de nouveaux documents aux inspecteurs. Ils ont aussi annoncé la création de commissions d'investigation, dirigées par les anciens responsables des programmes d'armements, conformément aux demandes de M. Blix ;

Dans le domaine balistique, les informations fournies par l'Iraq ont permis aux inspecteurs de progresser également. Nous détenons avec précision les capacités réelles du missile Al-Samoud. Maintenant, il convient de procéder au démantèlement des programmes non-autorisés, conformément aux conclusions de M. Blix ;

Dans le domaine nucléaire, des informations utiles ont été transmises à l'AIEA sur les points importants évoqués par M. El Baradei le 27 janvier dernier : l'acquisition d'aimants susceptibles de servir à l'enrichissement d'uranium et la liste des contacts entre l'Iraq et le pays susceptible de lui avoir fourni de l'uranium.

Nous sommes là au cœur de la logique de la résolution 1441, qui doit assurer l'efficacité des inspections grâce à une identification précise des programmes prohibés, puis à leur élimination.

Nous sommes tous conscients que le succès des inspections suppose que nous aboutissions à une coopération pleine et entière de l'Iraq. La France n'a cessé de l'exiger. Des progrès réels commencent à apparaître :

L'Iraq a accepté le survol de son territoire par des appareils de reconnaissance aérienne ; Il a permis que des scientifiques iraquiens soient interrogés sans témoins par les inspecteurs ; un projet de loi prohibant toutes les activités liées aux programmes d'armes de destruction massive est en cours d'adoption, conformément à une demande ancienne des inspecteurs. L'Iraq doit fournir une liste détaillée des experts ayant assisté en 1991 aux destructions des programmes militaires.

La France attend bien entendu que ces engagements soient durablement vérifiés. Au-delà, nous devons maintenir une forte pression sur l'Iraq pour qu'il aille plus loin dans la voie de la coopération.

Ces progrès nous confortent dans la conviction que la voie des inspections peut être efficace. Mais nous ne devons pas nous dissimuler l'ampleur du travail restant à accomplir : des questions doivent être encore élucidées, des vérifications doivent être conduites, des installations ou des matériels doivent sans doute encore être détruits.

Pour ce faire, nous devons donner aux inspections toutes les chances de réussir.

J'ai fait des propositions le 5 février devant le Conseil. Depuis lors, nous les avons précisées dans un document de travail adressé à MM. Blix et El Baradei et communiquées aux membres du Conseil.

Quel est leur esprit ? Il s'agit de propositions pratiques et concrètes, qui peuvent être mises en œuvre rapidement et qui sont destinées à renforcer l'efficacité des opérations d'inspection. Elles s'inscrivent dans le cadre de la résolution 1441 et ne nécessitent par conséquent aucune nouvelle résolution du Conseil. Elles doivent venir à l'appui des efforts menés par MM. Blix et El Baradei. Ils sont naturellement les mieux à même de nous dire celles d'entre elles qu'ils souhaitent retenir pour assurer la meilleure efficacité de leurs travaux. Dans leur rapport, ils nous ont fait des commentaires utiles et opérationnels.

La France a déjà annoncé qu'elle tenait des moyens supplémentaires à la disposition de MM. Blix et El Baradei, à commencer par ses appareils de surveillance aérienne Mirage IV.

Alors oui j'entends bien les critiques :

Il y a ceux qui pensent que dans leur principe, les inspections ne peuvent avoir aucune efficacité. Mais je rappelle que c'est le fondement même de la résolution 1441 et que les inspections donnent des résultats. On peut les juger insuffisantes mais elles sont là.

Il y a ceux qui croient que la poursuite du processus d'inspection serait une sorte de manœuvre de retardement visant à empêcher une intervention militaire. Cela pose naturellement la question du temps imparti à l'Iraq. Nous sommes là au centre des débats. Il y va de notre crédibilité et de notre esprit de responsabilité. Ayons le courage de mettre les choses à plat.

Il y a deux options :

L'option de la guerre peut apparaître a priori la plus rapide. Mais n'oublions pas qu'après avoir gagné la guerre, il faut construire la paix. Et ne nous voilons pas la face : cela sera long et difficile, car il faudra préserver l'unité de l'Iraq, rétablir de manière durable la stabilité dans un pays et une région durement affectés par l'intrusion de la force. Face à de telles perspectives, il y a l'alternative offerte par les inspections, qui permet d'avancer de jour en jour dans la voie d'un désarmement efficace et pacifique de l'Iraq. Au bout du compte, ce choix là n'est-il pas le plus sûr et le plus rapide ?

Personne ne peut donc affirmer aujourd'hui que le chemin de la guerre sera plus court que celui des inspections. Personne ne peut affirmer non plus qu'il pourrait déboucher sur un monde plus sûr, plus juste et plus stable. Car la guerre est toujours la sanction d'un échec. Serait-ce notre seul recours face aux nombreux défis actuels ? Donnons par conséquent aux inspecteurs des Nations Unies le temps nécessaire à la réussite de leur mission. Mais soyons ensemble vigilants et demandons à MM. Blix et El Baradei de faire régulièrement rapport au Conseil. La France, pour sa part, propose un nouveau rendez-vous le 14 mars au niveau ministériel, pour évaluer la situation. Nous pourrons alors juger des progrès effectués et de ceux restant à accomplir.

Dans ce contexte, l'usage de la force ne se justifie pas aujourd'hui. Il y a une alternative à la guerre : désarmer l'Iraq par les inspections. De plus, un recours prématuré à l'option militaire serait lourd de conséquences.

L'autorité de notre action repose aujourd'hui sur l'unité de la communauté internationale. Une intervention militaire prématurée remettrait en cause cette unité, ce qui lui enlèverait sa légitimité et, dans la durée, son efficacité.

Une telle intervention pourrait avoir des conséquences incalculables pour la stabilité de cette région meurtrie et fragile. Elle renforcerait le sentiment d'injustice, aggraverait les tensions et risquerait d'ouvrir la voie à d'autres conflits.

Nous partageons tous une même priorité, celle de combattre sans merci le terrorisme. Ce combat exige une détermination totale. C'est, depuis la tragédie du 11 septembre, l'une de nos responsabilités premières devant nos peuples. Et la France, qui a été durement touchée à plusieurs reprises par ce terrible fléau, est entièrement mobilisée dans cette lutte qui nous concerne tous et que nous devons mener ensemble. C'est le sens de la réunion du Conseil de Sécurité qui s'est tenue le 20 janvier, à l'initiative de la France.

Il y a dix jours, le Secrétaire d'Etat américain, M. Powell, a évoqué des liens supposés entre Al-Qaida et le régime de Bagdad. En l'état actuel de nos recherches et informations menées en liaison avec nos alliés, rien ne nous permet d'établir de tels liens. En revanche, nous devons prendre la mesure de l'impact qu'aurait sur ce plan une action militaire contestée actuellement. Une telle intervention ne risquerait-elle pas d'aggraver les fractures entre les sociétés, entre les cultures, entre les peuples, fractures dont se nourrit le terrorisme ?

La France l'a toujours dit : nous n'excluons pas la possibilité qu'un jour il faille recourir à la force, si les rapports des inspecteurs concluaient à l'impossibilité pour les inspections de se poursuivre. Le Conseil devrait alors se prononcer et ses membres auraient à prendre toutes leurs responsabilités. Et, dans une telle hypothèse, je veux rappeler ici les questions que j'avais soulignées lors de notre dernier débat le 4 février et auxquelles nous devrons bien répondre :

En quoi la nature et l'ampleur de la menace justifient-elles le recours immédiat à la force ?

Comment faire en sorte que les risques considérables d'une telle intervention puissent être réellement maîtrisés ?

En tout état de cause, dans une telle éventualité, c'est bien l'unité de la communauté internationale qui serait la garantie de son efficacité. De même, ce sont bien les Nations Unies qui resteront demain, quoi qu'il arrive, au cœur de la paix à construire.

Monsieur le Président, à ceux qui se demandent avec angoisse quand et comment nous allons céder à la guerre, je voudrais dire que rien, à aucun moment, au sein de ce Conseil de Sécurité, ne sera le fait de la précipitation, de l'incompréhension, de la suspicion ou de la peur.

Dans ce temple des Nations Unies, nous sommes les gardiens d'un idéal, nous sommes les gardiens d'une conscience. La lourde responsabilité et l'immense honneur qui sont les nôtres doivent nous conduire à donner la priorité au désarmement dans la paix.

Et c'est un vieux pays, la France, d'un vieux continent comme le mien, l'Europe, qui vous le dit aujourd'hui, qui a connu les guerres, l'occupation, la barbarie. Un pays qui n'oublie pas et qui sait tout ce qu'il doit aux combattants de la liberté venus d'Amérique et d'ailleurs. Et qui pourtant n'a cessé de se tenir debout face à l'Histoire et devant les hommes. Fidèle à ses valeurs, il veut agir résolument avec tous les membres de la communauté internationale. Il croit en notre capacité à construire ensemble un monde meilleur.

Je vous remercie. »

Commentaires

"Quand la nuit essaie de revenir, il faut allumer les grandes dates comme on allume les flambeaux" V.HUGO

Écrit par : Betty | 14 février 2009

Merci à l'Hérault Républicain de considérer que le discours de Dominique de Villepin à l'ONU est devenu une référence historique. Il convient, plus que jamais, de rappeler cette date du 14 février 2003, avec d'autant plus de force que notre pays est à la veille d'un retour dans le commandement intégré de l'OTAN avec tous les risques que cela comporte et en particulier d'affaiblir la voix et la place si particulières de la France. J'ai demandé que DDV puisse faire connaitre aux députés du groupe UMP sa vision et son analyse en s'exprimant devant notre groupe un mardi matin prochain. Si cela n'est pas facilité, avec mes amis, nous organiserons une réunion, toujours à l'Assemblée Nationale pour la force du symbole , mais ouverte à tous les parlementaires de tous les groupes et à la presse. Je tenais à faire cette annonce dans ce blog gaulliste et de grande qualité. De plus j'estime indispensable, je ne suis pas le seul, que dans cette affaire le parlement se prononce par un vote secret. Le groupe socialiste de l'Assemblée et du Sénat ont demandé que le Premier Ministre engage, dans cette affaire, sa responsabilité. Quelle erreur politique ! Si tel était le cas aucun député UMP ne censurerait le Gouvernement. Aucun d'entre nous ne souhaite en effet rajouter à la crise monétaire, économique et sociale une crise politique. La presse et l'opinion publique considèreront alors que notre majorité parlementaire est unanimement favorable au retour plein et entier de la France dans l'OTAN. Ce qui est naturellement faux. De plus cette nouvelle politique étrangère de la France est d'inspiration entièrement élyséenne ; censurer le Premier Ministre n'aurait donc aucun sens. Jean Pierre Grand - Député de l'Hérault -

Écrit par : jpgrand | 14 février 2009

Aujourd'hui 250 organisations et associations essentiellement françaises & allemandes étaient réunies à Strasbourg pour préparer le front anti-OTAN de Strasbourg.
La presse à la botte n'arrivera pas à envoyer encore très longtemps des messages subliminaux aux citoyens de ce pays.
Il est hors de question que nous entrions dans la spirale otanesque, même pour les beaux yeux d'Obama. Obama n'est devenu ce Villepin métis que par son refus très isolé de l'invasion de l'Irak.

Dominique de Villepin, de par sa vision toute gaullienne a sauvé de très nombreuses familles de notre pays de ces douleurs-là, douleurs dont ont ne se relève jamais. Et également des attentats auxquels notre pays a échappé !
Cela n'est pas la peur, du pire des extrémistes instrumentalisés, qui a guidé le "NON à la guerre" de Villepin. Seulement l'injustice faite à un peuple pacifique qui n'avait pas à subir pour des raisons obscures la frappe des néo-conservateurs.

Et il ne suffit pas d'aller sur le champ de ruine irakien (pour justifier sa non présence en Guadeloupe) à l'encore locataire du château pour donner l'illusion de marchés potentiels.
Avant cela......
Qui va cicatriser les plaies ?
Qui va réussir à faire une paix juste ?
Le seul Homme d'Etat européen de paix à comprendre le mieux le drame du Proche & Moyen-Orient est Dominique de Villepin.
Dominique de Villepin & Obama sont probablement la seule alliance pacifique capable de redessiner les lignes de la vie des peuples de cette vallée de larmes et de sang.
Donc surtout pas d'OTAN.
Ne serait-ce que pour cette raison, que la France doit garder son libre-arbitre.
La France est la meilleure assurance pour les Allemands et autres européens d'éviter toute entrée en servage atlantiste.
Les couloirs du Parlement Européen de Strasbourg bruissent des insatisfactions des députés européens umpistes vis-à-vis de qui nous savons.
L'OTAN ne passera pas.
Oui, plus que jamais l'heure est venue aux députés gaullistes sociaux de faire entendre haut et fort la vision de l'Homme d'Etat hors normes qu'est Dominique de Villepin.
Plus besoin d'attendre que les français soient dans le mur pour qu'ils commencent à réfléchir : dans le mur, nous y sommes. Et derrière le mur, d'autres murs se dressent déjà. Il est urgent d'expliquer aux Français toute l'étendue de la situation. Un nouveau monde doit être réinventer. La solidarité entre les français, les européens, doit être mise en avant.
La classe moyenne va vers l'étranglement, et un revenu social doit être garanti à chaque individu afin d'assurer la survie des plus touchés. Car très vite mêmes les retraites auront du mal à être payées sur la base existante.
Le malheur qui s'abat sur le monde occidental n'est autre que l'utra-libéralisme qui s'effondre comme il y a 20 ans le communisme.
Il nous faut un très grand visionnaire sachant utiliser cet effondrement comme une opportunité pour créer une société nouvelle solidaire, une nouvelle économie tournée vers les énergies renouvelables, la polyculture bio autour des grands bassins d'habitations.
De ce mal peut sortir un bien, à condition d'avoir l'homme de la situation à la barre.
Et cet homme existe.
Dominique de Villepin :
L'homme qui est né à la France le 14 février 2003.

Écrit par : mathilde | 14 février 2009

Les commentaires sont fermés.