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03 septembre 2009

Rentrée « Express » pour Dominique de Villepin

Dominique de Villepin, qui effectue aujourd’hui sa rentrée politique avec une interview accordée à l’Express, propose une véritable alternative à la politique menée depuis deux ans. Ironie du sort, nous sommes à moins de deux semaines du 40ème anniversaire du discours sur la Nouvelle Société de Jacques Chaban-Delmas, qui évoquait en 1969 déjà « la fragilité de notre économie, le fonctionnement souvent défectueux de l'Etat, enfin l'archaïsme et le conservatisme de nos structures sociales ».

071030 DDV.jpgQuelques extraits des propos de Dominique de Villepin, dont on peut retrouver l’intégralité sur le site du magazine:

« Le climat social est loin d'être apaisé, les nombreux conflits le montrent. Une détérioration est d'autant plus à craindre que nous allons faire face à une nouvelle hausse du chômage. Nous devons rester vigilants, y compris sur la crise financière. L'économie mondiale est aujourd'hui sous perfusion des gouvernements et des banques centrales. La guérison n'est pas acquise pour autant, car des incertitudes demeurent : encours de cartes de crédit aux Etats-Unis, risque de bulles spéculatives en Chine ou, chez nous, baisse accentuée de l'investissement.

De même, ne sous-estimons pas le malaise français, qui touche à la fois la politique, la société et l'Etat. La confusion est aggravée par les dérives de l'hyperprésidence, où une réforme chasse l'autre, dans l'urgence et sous le coup de l'émotion. Mais avec quelle vision d'ensemble et pour quels résultats ? Ainsi, on a raison de poser la question des bonus, mais ne négligeons pas les deux questions centrales de la répartition des richesses, entre le capital et le travail, et la panne du crédit aux entreprises comme aux particuliers.

Ce qui m'inquiète, c'est la fragilisation de notre modèle républicain. Notre idéal d'une république fraternelle, unie et indivisible ne doit pas céder la place à un système politique fondé sur les divisions, les rapports de force et les intérêts particuliers. Je suis frappé par la récurrence d'un raisonnement à la fois simplificateur et moralisateur, qui consiste à opposer en permanence les bons et les méchants et à faire de la stigmatisation et de la punition les axiomes de la vie publique. C'est une vision où l'autre - le chômeur, l'immigré, le fonctionnaire, l'adolescent qui télécharge des films - est suspect a priori.

Cette suspicion crée des fractures profondes et sans doute durables en son sein. Face aux injustices entre individus et entre générations, on oscille entre révolte et indifférence, au profit d'un sauve-qui-peut individuel. Or nous avons besoin d'une morale collective et d'un partage équitable. (…) Le défi, désormais, est davantage de travailler tous pour vivre mieux.

(…) Ce qui manque aujourd'hui, ce sont des lignes directrices claires. Quelles sont les priorités de l'action gouvernementale en matière économique et sociale? Elles ne sont pas lisibles. Or, il appartient au président de proposer une vision et de dégager les grandes orientations.

Pour ma part, je vois deux grands chantiers à mener. Le premier, c'est celui de la réforme de l'Etat, qui vit un profond malaise. Je crois qu'il faut une réforme globale de nos administrations, qui traite non seulement la question des collectivités locales, mais aussi celle des missions de l'Etat central et celle de la fonction publique.

Le second chantier, c'est celui du financement de notre protection sociale. La crise a démontré son immense utilité. Basculons sur l'ensemble des revenus les charges qui pèsent sur les seuls salaires. Démontons la machine à exclure qui affecte particulièrement les jeunes et les seniors.

Etat et Sécurité sociale sont deux piliers de notre modèle. Il est, pour moi, essentiel de les moderniser, pour répondre aux deux défis majeurs que sont la compétitivité et l'emploi. Appuyons-nous sur des principes forts de responsabilité et de justice, ce qui justifie de répartir plus justement les efforts face à la crise. Je propose de créer une nouvelle tranche de l'impôt sur le revenu, à 45%, et de suspendre le bouclier fiscal.

(…) Mais le risque de notre système, c'est le déséquilibre. Il y a le président, peu de gouvernement, pas d'opposition organisée, ni de contrepoids crédible.

A cet égard, le rôle du Parlement est essentiel (…). Nous avons besoin de garde-fous. Or, tout repose sur la vertu du président lui-même. (…) Protégeons les dirigeants contre eux-mêmes, en encadrant mieux les pouvoirs.

Enfin, le débat doit être élargi à toutes les forces de la société pour promouvoir le bien public. Le Grenelle de l'environnement, par exemple, est une idée venue de la société civile. Ni le président, ni l'Etat ne sont désormais capables de définir seuls l'intérêt général.

Que la France doive avoir un rôle d'initiative, j'en suis convaincu. Nous avons besoin d'entraîner, ce qui suppose un effort constant d'explication, de pédagogie et de concertation, en particulier avec nos principaux partenaires européens, à commencer par l'Allemagne. L'exigence d'efficacité commande d'éviter l'isolement ou la rupture.

Barack Obama représente une chance et une opportunité pour la communauté internationale. Il faut qu'il réussisse. Je souhaite un leadership européen capable de l'épauler sur le dossier du climat, dans la recherche de la paix au Proche-Orient ou face à la situation en Iran. Et, en Irak, si l'on veut éviter la guerre civile, l'Europe doit avoir une diplomatie plus audacieuse, en mobilisant davantage tous les pays de la région.

La politique américaine en Afghanistan est dans l'impasse, et nous n'avons pas suffisamment joué notre rôle en renonçant à une révision stratégique profonde. J'avais insisté auprès de Jacques Chirac, avant la fin de sa présidence, pour que nous amorcions un désengagement de nos troupes, en particulier des Forces spéciales. Il faut d'urgence envoyer un signal fort: une stratégie de coopération économique et sociale ambitieuse sur le terrain, assortie d'un calendrier de retrait pour montrer que notre visée n'est pas militaire. Tirons les leçons de l'Histoire et refusons les oeillères idéologiques qui font le jeu des extrémistes.

Je suis favorable à un dialogue avec Damas, à condition qu'il soit exigeant. Voyez comme nous avons manqué de lucidité vis-à-vis de la Libye.

(…)

Au-delà des hommes, ce qui m'importe, c'est l'ouverture aux idées et la définition d'un projet d'envergure, dans un souci d'efficacité et de justice sociale.

(…) Je me réjouis quand la France est en initiative, comme pendant la présidence française de l'Union européenne. Il est important, au sein d'une famille, de préserver la réflexion, le débat et la proposition. Toute réforme suppose un patient travail d'explication pour rassembler et lever les peurs. Fort de mon expérience, je veux offrir une alternative à la politique qui est menée. C'est dans cet esprit qu'a été créé, à l'initiative de l'ancienne ministre Brigitte Girardin, le Club Villepin, pour permettre à des personnes de tous les horizons de se retrouver autour d'une même ambition pour la France.

(…) Je suis résolument engagé au service de la France. J'ai la conviction que l'élection présidentielle marque un rendez-vous entre un homme et un peuple, au-delà des clivages partisans et des intérêts personnels. »

Rendez-vous le 11 septembre prochain au micro de Jean-Pierre Elkabbach (Europe 1 - 8h20) pour une explication de texte, si cela est encore nécessaire !

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