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22 janvier 2010

Travailler plus pour gagner plus…

La double rémunération d'Henri Proglio, cumulant les fonctions de PDG d'EDF et de président non-exécutif de Veolia, déchaine depuis deux ou trois jours les passions.

 

Curieusement, on s'interroge moins sur le montant et les conditions d'attribution de sa rétribution (il se murmure que l'Elysée serait intervenu auprès de Veolia, entreprise privée...) que sur le cumul de deux sources de revenu, alors qu'il se contente finalement de bénéficier du « travailler plus pour gagner plus », concept pour lequel 53 % des Français ont voté en 2007. Tout ceci est d'autant plus ridicule puisque lorsqu'il était PDG de Veolia et rémunéré à ce titre, il était en même temps administrateur d'EDF, et devait toucher de confortables jetons de présence.

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Monsieur Proglio a finalement renoncé hier aux 400 et quelques milles euros en provenance de Veolia, tentant de mettre fin à la polémique, et sans doute avec l'assurance (a minima le secret espoir) que d'une façon ou d'une autre, « on » trouvera les moyens de les lui restituer.

 

Et lorsque l'on observe l'évolution de la rémunération du président d'EDF depuis 2005, tout devrait rentrer dans l'ordre assez rapidement pour notre super-patron.

 

L'ancien président de l'entreprise publique, Pierre Gadonneix, a pris ses fonctions en septembre 2004, gagnant en 2005, première période de référence, environ 550 000 €. En 2008, il percevait déjà un peu plus de 1,2 millions (+ 118 %...), avant d'être augmenté en avril 2009 de façon, disent les mauvaises langues, à améliorer confortablement sa retraite (on parle de 100 000 euros annuels supplémentaires). Pour Henri Proglio, ce sera d'entrée 1,6 millions, près de 70 fois le salaire moyen annuel des Français, un peu plus de 80 fois le salaire médian.

 

Au-delà de la polémique, tout ceci serait sans doute passé totalement inaperçu si le président de la république n'avait en 2007 mené une campagne électorale à la limite du populisme, et érigé en symbole de son quinquennat le bouclier fiscal.

 

Il n'y aurait rien de choquant à ce que monsieur Proglio cumule deux traitements pour deux fonctions différentes comme le ferait tout un chacun, rien de choquant dans une économie mondialisée à ce qu'il soit rémunéré au niveau et dans les conditions de ce nouveau marché (même si, c'est l'argument généralement avancé, les patrons semblent fuir beaucoup moins rapidement que les cerveaux...) si l'Etat jouait véritablement son rôle, rien que son rôle, tout son rôle, ne confondait pas les sphères publiques et privées.

 

L'Etat doit assurer ses pouvoirs régaliens (éducation, justice, police...) et assumer les choix collectifs sur lesquels il s'est engagé devant les électeurs (santé, retraite, aide à l'emploi...). Il doit donc opposer aux dérives du marché et de la mondialisation une politique, fiscale notamment, volontariste et cohérente.

 

Encore une fois, le cumul et le niveau de rémunération d'Henri Proglio, qui par ailleurs semble avoir fait une carrière exemplaire et méritée au sein de Veolia, n'ont rien de choquants. Ce qui doit outrer les Français est la confusion des genres, et un pouvoir qui n'est pas à la hauteur, alors qu'il suffirait sans doute, pour ne prendre qu'un exemple, de sortir CSG et CRDS du bouclier fiscal et de supprimer l'ISF pour éviter de parler de retraite à 61, 62 ans, ou plus, débat d'autant plus ridicule que l'on a déjà des difficultés à maintenir les gens en activité au-delà de 50 ou 55 ans, et qu'ils sont par conséquent bien avant d'être sexagénaires rémunérés sur des fonds publics ou para-publics.

 

L'affaire Proglio aura prouvé une fois de plus que l'imagination n'est pas au pouvoir, rendant inutile de remettre sur la table le concept de TVA sociale ou toute autre idée qui pourrait modifier l'assiette des cotisations sociales, tout aussi inutile d'évoquer une véritable réforme fiscale.

 

Au moins jusqu'en 2012 visiblement...

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