Midilibre.fr
Tous les blogs | Alerter le modérateur| Envoyer à un ami | Créer un Blog

10 février 2008

Etonnant, non ?

Alors que la gauche demeure toujours inexistante, embourbée dans ses problèmes internes et électoralistes (pour les idées, on verra plus tard…), l’essentiel des effectifs des opposants aux Président de la République sont issus des rangs de la majorité.

93d2b513404862a27bac65e5271f484e.jpgEt c’est le rapport de la commission dite «Attali» qui aura achevé de délier les langues. Par ailleurs, les critiques ne portent plus seulement sur le comportement du Chef de l’Etat, mais aussi sur l’une de ses conséquences qu’est le fonctionnement de l’équipe gouvernementale.

 

Reconnaissons que les arguments ne manquent pas.

 

Il y a bien entendu le people. A l’occasion de sa conférence de presse du début de l’année, le Président de la République reprochait aux média et à la presse de trop s’intéresser à sa vie privée, pour quelques semaines plus tard s’empresser de l’évoquer (alors que l’on ne lui avait rien demandé) à la fin d’un discours qu’il tenait devant des salariés de l’usine Arcelor-Mittal dont l’emploi est menacé, et dès les jours suivants déposer plainte contre le site web d’un hebdomadaire ayant communiqué sur la passion favorite de Nicolas Sarkozy, les SMS…

 

Tout ceci n’aurait que très peu d’importance s’il remplissait, conformément à ses engagements, la mission que près de 19 millions de Français lui ont confiée.

Il y a d’abord eu la loi TEPA et ses 15 milliards d’euros dépensés essentiellement en faveur de ceux dont les économies iront à l’épargne, mesure qui n’est pas la plus judicieuse pour celui qui se voulait avant tout le Président du pouvoir d’achat.

Vint ensuite la réforme des régimes spéciaux. Certes, personne d’autre n’était parvenu à la réaliser auparavant, mais le triomphe doit être modeste, les compensations accordées aux salariés annulant pour de nombreuses années l’essentiel des gains escomptés. Par ailleurs, les sommes en jeu sont très faibles par rapport aux milliards qu’il faudra trouver d’ici 10 ou 15 ans pour financer le régime général.

 

Aujourd’hui, alors que le Président tchadien vient d’échapper à un coup d’Etat, propose de gracier les membres de l’Arche de Zoé. Il faudrait vraiment être mauvaise langue pour y voir une quelconque relation de cause à effet, mais un procès ayant déjà eu lieu en France depuis le retour des prisonniers, une grâce éventuelle de la part d’Idriss Déby devra certainement entrainer une décision de la Justice française. Que dira alors celui qui, dès le 8 juin 2006, déclarait que «si un jour je devais avoir des responsabilités, une des premières choses que je ferais, c’est de supprimer le droit de grâce et l’amnistie», et qui n’a cessé de le répéter durant toute la campagne électorale ?

 

On pourrait trouver d’autres exemples, mais le véritable déclencheur de la grogne est, curieusement, un simple rapport d’experts !

 

Alors que les propositions de Jacques Attali n’ont encore fait l’objet d’aucun débat ni même du moindre projet de loi, on enterre, dès leur publication, une éventuelle réforme des départements, des professions de taxis, de pharmaciens, etc, etc, etc… Tout ceci ayant été négocié, après une visite à Matignon pour la forme, à l’Elysée ! Inutile de rappeler que lors de l’installation de la commission, le Président s’était engagé à accepter l’ensemble des propositions qu’elle formulerait…

 

Nicolas Sarkozy, après avoir décidé de remplir à lui seul les fonctions de l’exécutif, voudrait-il maintenant confier à des experts, aussi prestigieux soient-ils, le pouvoir législatif ? Cela lui procurerait au moins l’avantage de pouvoir s’exprimer directement devant eux sans à avoir à passer par une éventuelle modification de la Constitution…

 

N’exagérons tout de même pas les responsabilités du Président dans cette affaire. Parmi les grognards qui s’expriment aujourd’hui, nombreux sont ceux qui s’étaient, avant même le 14 janvier 2007, jetés dans les bras du candidat malgré les réserves exprimées par quelques courageux.

 

Nous naviguons depuis le mois de mai entre people et populisme. Et la politique, c’est pour quand ?

06 février 2008

Attalisme 268

La décision 268 du rapport Attali, qui suggère de soumettre à condition de revenu les allocations familiales, déchaine les passions.

 

3f0a311bfd3561dee425a8059cbde89f.jpgCette prestation, créée en 1932 après quelques expérimentations privées au début du 20ème siècle, a pour but de favoriser la natalité, ou plus exactement à faire que la décision d’avoir un enfant ne soit pas freinée par une éventuelle contrainte financière.

 

La mesure a été imaginée il y a presqu’un siècle, dans un contexte bien différent de celui que nous vivons actuellement. Si des lois d’inspiration philosophique supportent à merveille (telle la loi de 1905 sur la laïcité) l’épreuve du temps, d’autres, basées sur un contexte économique donné, mais en perpétuelle évolution, doivent en permanence subir l’épreuve de la critique, critique qui se doit d’être constructive, et ne peut par conséquent se passer de propositions alternatives.

 

c5248c7f438cf91b871b36cbcf29ed45.jpgQui oserait aujourd’hui prétendre qu’à partir d’un certain niveau de richesse (qu’il convient bien entendu de définir, et peut-être avec l’aide de l’excellente étude réalisée par Philippe Villemus), le critère financier intervienne dans la décision d’agrandir la famille ?

 

Qui oserait prétendre aujourd’hui que l’attribution sous condition des allocations familiales aurait une quelconque influence sur la natalité en France ?

 

A l’inverse, une plus grande justice sociale et un encouragement sincère en faveur de la natalité passerait sans doute par l’attribution, toujours sous condition de ressources, des allocations familiales dès le premier enfant !

 

Par ailleurs, chez les ménages les plus aisés, les prestations familiales sont dirigées, de façon quasi-systématique, vers l’épargne, et ne contribuent en aucun cas à la relance et au développement du pouvoir d’achat voulus par le Président de la République.

 

Plus généralement, le «rapport Attali» doit être abordé avec un peu plus de sérénité. Le passé politique de l’auteur ne peut en aucun cas justifier que l’UMP le rejette en totalité, ni que le PS, totalement inaudible, ne trouve autre chose à dire que ce document «a le mérite d’exister».

 

A défaut d’élever le débat, tentons au moins de le dépassionner…