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27 janvier 2010

Jimmy, Pierre, Jean-Georges, et les autres…

Star Ac', Nouvelle Star... Les commentateurs ont rivalisé d'imagination pour qualifier la prestation télévisée du président de la République lundi soir, certains évoquant même Question pour un Champion, tellement le chef de l'Etat avait consciencieusement préparé l'émission, tellement il a eu réponse de façon très précise à chaque cas particulier évoqué par les 11 Français qui lui faisaient face.

 

La soirée s'est déroulée en deux temps, au journal télévisé puis dans le cadre de l'émission Paroles de Français, concoctée sur mesure.

 

Acte I - face à Laurence Ferrari

 

Passée plutôt inaperçue, la première partie n'était pas des plus inintéressantes.

 

Inutile de revenir sur l'affaire Proglio qui est cependant assez révélatrice du fonctionnement de la société que l'on tente de nous imposer et de la relative impuissance de ceux qui gouvernent.

 

On aura appris que la France n'enverra pas en Afghanistan de nouveaux soldats combattants ! Donc nous dépêcherons très certainement des soldats, conséquence inévitable de la réintégration du commandement intégré de l'OTAN. Qu'ils soient combattants ou non ne change pourtant rien à l'affaire, pour au moins deux raisons: nos soldats morts dans ce pays ne l'on en général pas été à l'occasion d'opérations militaires, et les solutions à trouver sont tout autre que militaires. Il n'y a pas de guerre déclarée, et les talibans ne font que prospérer par l'exploitation de la misère d'un peuple dont les ressources proviennent essentiellement de la drogue.

 

Dopé par les statistiques qui ont été révélées ce soir (qu'il convient de relativiser, notamment concernant les plus de 50 ans que l'on envisage de faire travailler plus longtemps - plus d'inscriptions et une ancienneté moyenne d'inscription au pôle emploi qui s'allonge) le président a annoncé le recul du chômage, bravant toute la prudence nécessaire vis-à-vis d'une donnée statistique mensuelle qui en aucun cas, malheureusement, ne peut nous assurer une inversion de tendance.

 

Concernant les élections régionales, celui qui souhaitait encore le 28 novembre dernier lors d'un conseil national de l'UMP nationaliser le débat a expliqué à Laurence Ferrari (qui n'a pas manifesté le moindre étonnement...) que "le rôle du président de la République n'est pas de faire campagne pour les présidents de régions". Il aurait été en même temps difficile de dire autre chose à la veille d'un nouveau conseil national du fan club présidentiel auquel ont refusé de participer ses "partenaires" de la majorité et à la vue des sondages relatifs au scrutin de mars prochain...

100122 indiscretions - sarko-villepin.JPG

 

Enfin, sur le dossier Clearstream dont chacun a pu constater ces dernières années qu'il lui tenait particulièrement à cœur, Nicolas Sarkozy souhaiterait que la justice fasse son travail et rien que son travail, alors que la semaine dernière encore il aurait selon la presse déclaré à l'un de ses amis, au lendemain de la visite de Dominique de Villepin à Bondy, que "de toute façon il fera moins le malin la semaine prochaine, ça le calmera"...

 

Acte II - Paroles de Français

 

Tout le monde se sera finalement concentré sur la seconde partie de soirée, animée par Jean-Pierre Pernaut, l'idole de la ménagère de plus de 50 ans. Le calcul était sans doute judicieux, puisque si l'audience a été plutôt bonne, 64% des téléspectateurs étaient des quinquas et plus.

 

Un décor genre café du commerce (même si on avait pris soin de différencier la couleur de la chaise du président), des "candidats" soigneusement triés (parité respectée, parisiens et provinciaux, certains issus de la "diversité", salariés et chefs d'entreprise...), la mise en scène était parfaite, et le premier rôle maitrisait parfaitement son texte.

 

Tous les ingrédients de la téléréalité étaient effectivement réunis: le casting, le cv incrusté lorsque les invités prennent la parole et le portrait vidéo parfois... Sans doute des détails qu'il serait ridicule de relever si la précision des réponses du chef de l'Etat n'avait contribué à nous convaincre de la mise en scène et du manque de sincérité dans tous cela. Téléréalité toujours lorsque dès le lendemain midi bon nombre de candidats se sont précipité sur les plateaux des chaines concurrentes, à l'image de ceux que l'on élimine chaque semaine...

 

100126 secret story.jpgEn résumé, une émission sans grand intérêt, et que l'on aurait sans doute plutôt dû comparer à Secret Story, dont le président serait sorti grand vainqueur, puisque personne ne semble avoir relevé qu'il ne s'agissait que d'une opération de com' destinée à limiter autant que possible la casse aux régionales, et ceci à seulement quelques jours du début du décompte officiel du temps de parole dans le cadre de la campagne. Une façon de renationaliser le débat après avoir dit le contraire quelques heures plus tôt...

 

Heureusement que l'on a pu se distraire un peu en observant la façon dont Nicolas Sarkozy s'est adressé aux différents protagonistes. Si vous êtes une femme ou issu de la diversité, je vous appelle par votre prénom, mais si vous êtes un homme, syndicaliste ou chef d'entreprise, votre nom s'impose. Complexe macho-racial ? Simple coïncidence ?

 

"Si j'dis une bêtise, vous m'corrigez"...

 

Mais quoi qu'il en soit, "votre formation est excellente, je ne la connais pas assez pour pouvoir me permettre de porter un jugement"...

22 janvier 2010

Travailler plus pour gagner plus…

La double rémunération d'Henri Proglio, cumulant les fonctions de PDG d'EDF et de président non-exécutif de Veolia, déchaine depuis deux ou trois jours les passions.

 

Curieusement, on s'interroge moins sur le montant et les conditions d'attribution de sa rétribution (il se murmure que l'Elysée serait intervenu auprès de Veolia, entreprise privée...) que sur le cumul de deux sources de revenu, alors qu'il se contente finalement de bénéficier du « travailler plus pour gagner plus », concept pour lequel 53 % des Français ont voté en 2007. Tout ceci est d'autant plus ridicule puisque lorsqu'il était PDG de Veolia et rémunéré à ce titre, il était en même temps administrateur d'EDF, et devait toucher de confortables jetons de présence.

100121 fric.jpg

 

Monsieur Proglio a finalement renoncé hier aux 400 et quelques milles euros en provenance de Veolia, tentant de mettre fin à la polémique, et sans doute avec l'assurance (a minima le secret espoir) que d'une façon ou d'une autre, « on » trouvera les moyens de les lui restituer.

 

Et lorsque l'on observe l'évolution de la rémunération du président d'EDF depuis 2005, tout devrait rentrer dans l'ordre assez rapidement pour notre super-patron.

 

L'ancien président de l'entreprise publique, Pierre Gadonneix, a pris ses fonctions en septembre 2004, gagnant en 2005, première période de référence, environ 550 000 €. En 2008, il percevait déjà un peu plus de 1,2 millions (+ 118 %...), avant d'être augmenté en avril 2009 de façon, disent les mauvaises langues, à améliorer confortablement sa retraite (on parle de 100 000 euros annuels supplémentaires). Pour Henri Proglio, ce sera d'entrée 1,6 millions, près de 70 fois le salaire moyen annuel des Français, un peu plus de 80 fois le salaire médian.

 

Au-delà de la polémique, tout ceci serait sans doute passé totalement inaperçu si le président de la république n'avait en 2007 mené une campagne électorale à la limite du populisme, et érigé en symbole de son quinquennat le bouclier fiscal.

 

Il n'y aurait rien de choquant à ce que monsieur Proglio cumule deux traitements pour deux fonctions différentes comme le ferait tout un chacun, rien de choquant dans une économie mondialisée à ce qu'il soit rémunéré au niveau et dans les conditions de ce nouveau marché (même si, c'est l'argument généralement avancé, les patrons semblent fuir beaucoup moins rapidement que les cerveaux...) si l'Etat jouait véritablement son rôle, rien que son rôle, tout son rôle, ne confondait pas les sphères publiques et privées.

 

L'Etat doit assurer ses pouvoirs régaliens (éducation, justice, police...) et assumer les choix collectifs sur lesquels il s'est engagé devant les électeurs (santé, retraite, aide à l'emploi...). Il doit donc opposer aux dérives du marché et de la mondialisation une politique, fiscale notamment, volontariste et cohérente.

 

Encore une fois, le cumul et le niveau de rémunération d'Henri Proglio, qui par ailleurs semble avoir fait une carrière exemplaire et méritée au sein de Veolia, n'ont rien de choquants. Ce qui doit outrer les Français est la confusion des genres, et un pouvoir qui n'est pas à la hauteur, alors qu'il suffirait sans doute, pour ne prendre qu'un exemple, de sortir CSG et CRDS du bouclier fiscal et de supprimer l'ISF pour éviter de parler de retraite à 61, 62 ans, ou plus, débat d'autant plus ridicule que l'on a déjà des difficultés à maintenir les gens en activité au-delà de 50 ou 55 ans, et qu'ils sont par conséquent bien avant d'être sexagénaires rémunérés sur des fonds publics ou para-publics.

 

L'affaire Proglio aura prouvé une fois de plus que l'imagination n'est pas au pouvoir, rendant inutile de remettre sur la table le concept de TVA sociale ou toute autre idée qui pourrait modifier l'assiette des cotisations sociales, tout aussi inutile d'évoquer une véritable réforme fiscale.

 

Au moins jusqu'en 2012 visiblement...