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04 juin 2009

Une campagne européenne surréaliste…

Alors que nous allons procéder dans quelques jours au renouvellement du Parlement Européen, la campagne 2009 qui s’achève ne demeurera certainement pas gravée très longtemps dans les mémoires.

090604 surrealisme.jpgD’abord par sa durée, puisqu’UMP et PS n’ayant pas grand-chose à dire, ont tacitement décidé, avec la complicité des grands medias, que les débats ne débuteraient qu’à la mi-mai, et se limiterait au pour ou contre l’Europe, ignorant totalement les partisans d’une autre Europe. Et ceci alors même qu’ils nous expliquent depuis cinq ans, et continueront certainement encore pendant cinq ans à nous expliquer que tous les maux dont nous souffrons viennent de Bruxelles ou de Strasbourg. Et d’ajouter à la moindre occasion que toutes les décisions essentielles se prennent maintenant au niveau européen. Cherchez l’erreur…

Sur le fond, ce n’est guère plus brillant.

Le PS est toujours aussi inexistant, et n’est pas en mesure de proposer aujourd’hui mieux qu’un échange de cadeaux entre Martine et Ségolène sur scène, devant les caméras, et même le « bogoss » craint pour sa réélection en Ile de France.

Les « euro-béats » du MoDem de François Bayrou feront leur score habituel, augmenté des quelques déçus du PS et du sarkozysme qui lui apporteront leurs suffrages. L’homme du Béarn, dont le seul objectif est de se placer en unique alternative crédible pour 2012 aura donc fait une campagne présidentielle anticipée, sur des thèmes hexagonaux. Abus de Pouvoir, sorti le 23 avril, en est l’une des meilleures preuves.

Les « euro-ronchons » quant à eux se contenteront de leur tour de piste habituel, même s’il règne un suspens totalement insupportable sur le fait de savoir qui de Le Pen ou du Fou du Puy arrivera devant l’autre, les deux étant à bout de souffle, avec un léger avantage à Philippe de Villiers qui bénéficie du soutien de l’Elysée, comme Olivier Besancenot, labélisé « ronchon officiel de gauche » faubourg St-Honoré (c’est toujours cela que le PS ou Mélenchon n’auront pas)…

Il y a donc a priori un boulevard pour l’UMP, qui devrait réaliser un score exceptionnel sans rien faire, permettant au Président de se débarrasser facilement des ministres dont il ne veut plus et d’offrir une retraite chapeau à certains hexagonaux déjà en préretraite.

Mais Nicolas Sarkozy a sans doute encore en mémoire son score de 1999 qui l’avait placé en troisième position. Aussi, une fois de plus, c’est lui qui fait le boulot, avec sa technique habituelle du double langage (les beaux discours de Guaino et lui faisant le contraire) et en jouant sur les peurs, sans oublier une petite couche de com’ (la photo avec Barak, quitte à se fâcher avec les anglais dont il encensait il y a quelques mois encore le modèle…).

Ainsi, celui qui a ouvert huit chapitres de négociations sur l’entrée de la Turquie dans l’Europe, qui a supprimé le verrou du referendum inscrit dans la Constitution par Jacques Chirac, et réintégré le commandement militaire de l’OTAN nous explique aujourd’hui avec une assurance déconcertante que la Turquie, c’est non… Une chose est cependant certaine, c’est qu’il est impossible d’ignorer ce grand pays laïc, frontière entre orient et occident, et dont une partie du territoire, si minime soit elle, fait partie du continent européen. La proposition de Dominique de Villepin de l’intégrer dans un vaste ensemble pan-européen intégrant la Russie et le Maghreb semble plus réfléchie que le débat binaire et stérile que l’on entend généralement. Mais la peur de l’autre, de l’inconnu, ça fonctionne toujours très bien. Et pour rassurer un peu plus le bon peuple, Nicolas Sarkozy a reporté à après le scrutin un voyage en Suède, pays qui soutient l’entrée de la Turquie dans l’UE, tout comme Michel Barnier a obtenu que la décision sur le vin rosé soit prise après le 7 juin…

Par ailleurs, le Président sait parfaitement que cette élection aura pour partie une dimension franco-française. Qu’à cela ne tienne, puisque cela a marché en 2007, on va parler sécurité. Nicolas Sarkozy aurait-il oublié que c’est lui qui est en charge de ce domaine depuis 2002 ? N’a-t-il pas entendu son ami Alain Juppé qui explique qu’il y a quelques années, la sécurité était au cœur des préoccupations de ces concitoyens alors qu’aujourd’hui c’est le dernier des sujets abordés en conseil de quartier ?

On pourrait ainsi multiplier les exemples à l’infini…

Pendant ce temps, contre vents et marées, Nicolas Dupont-Aignan mène depuis plusieurs mois une campagne de terrain, propositions à l’appui. Il semble que depuis quelques jours les médias s’intéressent à sa démarche, comme en témoigne sa présence ce matin sur RMC, au micro de Jean-Jacques Bourdin:  

 

Et quel que soit le résultat de dimanche soir, ce sera une victoire. La victoire d’un homme qui a osé claquer la porte de l’UMP début 2007 alors qu’il aurait pu facilement monnayer un strapontin gouvernemental comme les autres, qui, après avoir érigé Debout la République en véritable parti politique le 23 novembre 2008, a dans la foulée, fort de ses presque 15 000 adhérents, mené une campagne électorale digne et sérieuse.

25 mai 2009

Christine virée ?

Si les élections européennes ne semblent intéresser personne ou presque, le remaniement ministériel qui va suivre déchaine déjà les passions, notamment la possible entrée au gouvernement de Claude Allègre. Même Alain Juppé, qui semble décidément s’ennuyer de plus en plus à Bordeaux attaque, ce qui n’est pourtant pas dans ses habitudes.

090525 justice.jpgPour ce qui est des sortants, les choses semblent se faire plus discrètement, et parfois à la faveur d’une justice à tel point indépendante et efficace qu’il ne lui aura fallu que 4 heures (du jamais vu !...) pour transmettre à la Préfecture des Yvelines la condamnation définitive par la cour de cassation du Président du Conseil Général du département, permettant ainsi à Christine Boutin de devenir présidente par intérim alors qu’un nouveau président aurait pu être élu en ce début de semaine sur un projet politique.

Cette étonnante célérité judiciaire mérite d’être comparée avec le décret présidentiel pris fin 2008, et qui a prolongé un juge dans ses fonctions pour clore une instruction dans laquelle le Chef de l’Etat est partie civile.

Car dans l’affaire Boutin, le Président est évidemment partie civile, puisqu’il ne fait aucun mystère qu’il souhaite s’en débarrasser depuis longtemps, ce qui sera très certainement chose faite lorsque l’on apprendra que la Ministre de la ville est trop accaparée par ses nouvelles fonctions pour demeurer au sein du gouvernement.

Certains feraient bien de relire de temps à autre notre Constitution, notamment l’article 64, et plus particulièrement son premier alinéa…