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07 mars 2009

Débat ? Vous avez dit débat ?

Le Premier Ministre annonce vouloir engager le 17 mars prochain la responsabilité de son gouvernement sur le retour de la France dans le commandement intégré de l’OTAN, alors même que d’ici-là, le Président de la République aura, dans un discours à l’Ecole Militaire prévu le 11 mars, dévoilé la position qu’il défendra lors du sommet des 3 et 4 avril.

0903007 OTAN-2.jpgOn nous explique que tout cela est fantastique, que l’on va donc pouvoir débattre pendant près d’un mois, allant jusqu’à laisser entendre que cela n’est finalement possible que grâce à la réforme constitutionnelle votée l’été dernier qui renforce les droits du parlement !…

On se gardera bien entendu de nous dire que la procédure choisie repose sur l’article 49-1 de notre Constitution - qui n’est pas nouveau et n’a pas été modifié en 2008, et dont l’utilisation pourrait même être contestée sur ce sujet, notre loi fondamentale prévoyant que « Le Premier ministre, après délibération du conseil des ministres, engage devant l'Assemblée nationale la responsabilité du Gouvernement sur son programme ou éventuellement sur une déclaration de politique générale ». La décision de réintégration pleine et entière dans l’OTAN, d’origine élyséenne, n’apparait pas clairement comme un programme de gouvernement, encore moins comme un tout permettant une déclaration de politique générale !

Il n’en demeure pas moins que, contrairement à ce que l’on voudrait nous faire croire, le sujet est essentiel, qu’il fait débat, et que le chef de l’Etat craint d’être désavoué par un vote simple des parlementaires qui, avec le referendum(*), serait pourtant la seule procédure acceptable.

Le député gaulliste Nicolas Dupont-Aignan, qui, pour l’anecdote, participait en début de semaine à un diner organisé autour de l’ancien Premier Ministre Dominique de Villepin, a aussitôt réagit à l’annonce de François Fillon, annonçant qu’il prendrait ses responsabilités:

« Le gouvernement ne voulant pas consulter les Français par référendum ni même organiser un vote simple au Parlement - de peur manifestement d’être désavoué par ses propres troupes - a décidé d’étouffer tout débat en mettant en jeu sa responsabilité sur la question du retour complet de la France dans l’OTAN.

Il prend ainsi en otage les parlementaires de sa majorité, auxquels il appartient, désormais, de mesurer la responsabilité historique qui leur incombe sur un sujet, de toute évidence, pas aussi banal que voudraient le faire croire le président de la République et ses ministres.

Pour ma part, je prendrai mes responsabilités comme lors de l’engagement de troupes supplémentaires en Afghanistan. Ainsi, je n’hésiterai pas à mettre en cause la responsabilité du gouvernement sur cette réintégration honteuse, ostensiblement contraire à l’intérêt supérieur du pays. »

Et si Dominique de Villepin exprime lui-aussi depuis de longs mois son hostilité à ce projet, Ils ont été rejoint par le jusqu’ici plutôt discret Alain Juppé, qui était encore très en retrait dans sa tribune publiée dans Le Monde du 21 février - que l’on peut relire sur son blog. Ce dernier, lors d’un colloque organisé par le club Réforme et Modernité cette semaine à l’Assemblée Nationale, s’est clairement rallié au camp des opposants à la réintégration.

Alors monsieur le Président de la République, monsieur le Premier Ministre, vous qui ne cessez de parler de revalorisation du rôle du parlement, vous qui avez largement usé et abusé de l’argument pour faire voter (dans les conditions dont on se souvient…) la réforme constitutionnelle, allez au bout de votre logique et tenez vos engagements, laissez les parlementaires s’exprimer par un vote simple, en leur âme et conscience.

 

(*) : Certains défendent la procédure référendaire. A l’heure où les Français sont avant tous préoccupés par la crise et le pouvoir d’achat, le recours au referendum risquerait de tourner au fiasco, à l’instar de la consultation organisée en 2000 sur le quinquennat. La réduction du mandat présidentiel avait été adoptée à la faveur d’une large abstention, le sujet ne passionnant pas les foules. Pourtant, il aura fallu moins de 10 ans pour que chacun mesure les conséquences d’une réforme que l’on nous présentait comme accessoire et… moderne…

26 février 2009

What else ?...

Dominique de Villepin était l’invité de Dimanche + ce week-end. Il est revenu sur les principaux sujets d’actualité que sont la Guadeloupe, la crise mondiale, les renforts militaires français en Afghanistan et le retour de la France dans le commandement intégré de l’OTAN. Tout ceci avant de conclure sur sa relation avec Jacques Chirac: c’est une histoire de fidélité, un terme qui semble pourtant assez désuet aujourd’hui, encore plus lorsqu’il s’agit de convictions !...

 

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Sur le conflit guadeloupéen, l’ancien Premier Ministre s’est réjoui qu’après plusieurs semaines, le Président de la République ait décidé de répondre à l’inquiétude qui s’est exprimée, rappelant que plus le sujet est pris tôt et plus on a la possibilité d’accompagner les préoccupations et de répondre efficacement. C’était une occasion de revenir sur la méthode en vigueur depuis 2007, Dominique de Villepin constatant que le Président de la République ne peut pas tout, qu’il doit travailler avec son gouvernement, (…) avec les élus.

Sur la crise en général, il était important que l’Etat marque sa volonté de justice sociale, cela fait des mois que je réclame ce nouveau positionnement, cet infléchissement, (…) dès le lendemain de l’élection de Nicolas Sarkozy, a déclaré l’ex-chef du gouvernement, appelant à ce que notre action en matière de réforme se concentre sur l’essentiel. On ne peut pas multiplier les réformes tous azimuts quand tout va aussi mal. Toutefois, les mesures adoptées vont entrainer, pour quelques centaines d’euros accordés à certains, un endettement supplémentaire de 1 500 € par Français, ce que juge tout à fait inacceptable celui qui avait mis en place dès 2006 la conférence annuelle sur les finances publiques. Aussi, partant du constat qu’il faudra certainement faire plus encore pour les plus défavorisés, Dominique de Villepin souhaite que l’on réexamine le paquet fiscal (15 milliards) et les 35 heures (20 milliards).

Sur l’Afghanistan, c’est bien entendu l’ancien ministre des affaires étrangères et fin connaisseur des relations internationales qui s’est exprimé, rappelant ce qu’il a toujours déclaré en matière de lutte contre le terrorisme: nous le savons, il n’y a pas de solution militaire en Afghanistan, et nous sommes dans une situation qui se dégrade jour après jour. Inutile donc de préciser qu’il est tout à fait hostile à l’envoi de troupes supplémentaires, d’autant plus que les éventuelles missions qui leur seraient confiées ne sont pas clairement définies. Souvenons-nous à ce propos que les renforts français avaient été annoncés en même temps que le possible retour plein et entier de notre pays dans l’OTAN…

L’OTAN... L’OTAN, l’OTAN, l’OTAN !!! Il ne suffira sans doute pas de la célébrer à la façon du cabri ou de lire la pathétique tribune de Michèle Alliot-Marie dans Le Figaro il y a quelques jours pour que tout aille mieux dans le meilleur des mondes, bien au contraire ! Dominique de Villepin est farouchement opposé à notre retour dans le commandement intégré, et ceci pour trois raisons fondamentales.

En termes géopolitiques, il s’agirait bien entendu de renforcer les risques, déjà très présents, d’affrontement bloc à bloc: afficher pleinement notre appartenance à un bloc occidental, c’est une erreur en termes d’image et de stratégie.

Diplomatiquement, il rappelle la position et la vocation qui ont toujours été celles de la France de conserver le plus de marges de manœuvre possible dans les relations avec les autres Etats: tendre vers l’Est, aller vers le Sud, en permanence trouver des solutions que d’autres ne trouvent pas.

Enfin, en matière de sécurité, Dominique de Villepin rappelle que la France n’a jamais été jusqu’à présent une cible parce qu’elle a toujours été capable de dépasser la logique d’affrontement, et que cela doit perdurer, préservant l’indépendance forte qui a permis de résister à la pression américaine en 2003 à propos du conflit irakien.

Quelque chose à ajouter ?