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23 octobre 2008

La preuve par… 695…

« L’anecdote » sur « l’incident » survenu à la Caisse d’Epargne (la perte de 695 millions d’euros) et ses conséquences sont l’occasion de revenir sur la gestion de la crise financière, en Europe en général, en France en particulier.

 

081023 Greau.jpgLa crise bancaire, que l’économiste Jean-Luc Gréau(*) avait prévue dès la fin du siècle dernier et parfaitement décrite dans Le Capitalisme Malade de sa Finance (Gallimard – 1998) a été, jusqu’à la faillite de la banque Lehman Brothers, totalement occultée par les politiques.

 

Pourtant, depuis l’été 2007 et l’affaire des subprimes, les alertes ont été nombreuses (cf. une note précédente – Prime à l’échec ?), et rares ont été ceux qui, à l’instar de Dominique de Villepin ou du président de Debout la République, ont osé tirer le signal d’alarme depuis un an et demi.

 

La première réaction européenne, deux semaines après la disparition de la banque américaine, a été de réunir un G4... Le minimum acceptable aurait sans doute été un E15 (les membres de l’Eurogroupe) à défaut de pouvoir réunir un E27 (l’ensemble des membres de l’Union Européenne).

 

Et quelles ont été les décisions majeures de ce « mini-sommet » ? De réagir collectivement, mais en adoptant des solutions nationales (ce qui, au-delà du ridicule, évite de se préoccuper de savoir si les 23 autres sont d’accord…) et de déroger, si nécessaire, aux sacro-saints critères de Maastricht, ce que se sont empressé de dénoncer Jean-Claude Juncker (Président de l’Eurogroupe, mais aussi Premier Ministre et Ministre des Finances d’un quasi-paradis fiscal) et Jean-Claude Trichet (Président de la BCE dont chacun aura pu apprécier les résultats en matière de lutte contre l’inflation, mission essentielle que lui a conféré le traité de Maastricht en même temps que l’indépendance de la banque qu’il dirige du pouvoir politique).

 

Les marchés ne se sont pas trompés, ou plus exactement n’étaient pas satisfaits de telles décisions, et s’en est suivi un « lundi noir », journée au cours de laquelle les traders de l’Ecureuil ont commencé à perdre leurs noisettes, dévorées par un CAC 40 qui perdait 9.04%.

 

Il a donc été décidé, après une intervention concertée des banques centrales en milieu de semaine sur les taux d’intérêt (qui est le seul événement qui aura temporairement rassuré les marchés), de réunir le 12 octobre les membres de l’Eurogroupe, mais sans oublier de recevoir quelques heures auparavant Gordon Brown, qui de fait aura délivré à l’Europe, et alors que la Grande-Bretagne en est un membre qui a toujours préservé une certaine indépendance (notamment sur la monnaie) vis-à-vis de l’Union, la solution à l’anglo-saxonne que tous les marchés attendaient.

 

Les financiers auront donc imposé leurs choix, et toutes leurs erreurs seront couvertes par les Etats, que ce soit par des nationalisations partielles ou des cautions, certains pays allant même jusqu’à se substituer aux banques en débloquant des fonds servant à financer les entreprises et les collectivités locales.

 

La France a décidé de recapitaliser les banques à hauteur de 10.5 milliards d’euros (tout en précisant que celles-ci n’en avaient pourtant pas besoin…) sous forme de titres de dette subordonnée, faisant de l’Etat un créancier de dernier ordre, juste avant les actionnaires, et ne lui conférant aucun droit de regard sur la gestion des établissements bénéficiaires. Un choix qui est en totale contradiction avec le discours du Président de la République prononcé le 13 octobre !...

 

Pour tenter de donner le change au bon peuple, on remercie les dirigeants des banques qui ont péché, et on prive ceux-ci de leurs parachutes dorés. Ainsi, les trois millions d’euros auxquels a renoncé Charles Milhaud (qui ne fait, par sa démission, qu’anticiper de quelques mois une retraite bien méritée après avoir fait modifier les statuts de la banque pour tenter de rester aux commandes au-delà de l’âge légal) devraient nous faire oublier les 695 millions perdus et le fait que les deux autres membres démissionnaires du directoire de l’Ecureuil qui ont encore une carrière à poursuivre resteront dans le groupe, et retrouveront sans doute dans les mois à venir une place de choix. De même, le parachute auquel a renoncé le N°1 de Fortis devrait masquer les quatre millions perçus par l’ancien directeur financier, l’un des principaux artisans du rachat d’ABN Amro qui a fait plonger le groupe, devenu « conseiller spécial » du nouveau patron !!!...

 

Chacun sent bien aujourd’hui qu’il est nécessaire de réformer le système financier mondial, y-compris notre Président, qui rêvait pourtant de subprimes à la française lorsqu’il était candidat, et voudrait maintenant nous imposer des fonds souverains à l’européenne.

 

Plutôt que d’user et d’abuser de termes à la mode, plutôt que de se référer à une histoire qui n’est plus d’actualité, Bretton Woods (dont les accords, à l’issue de la guerre, avaient permis aux Etats-Unis et à la Grande-Bretagne d’imposer leur système et le dollar comme monnaie de référence), et que de se précipiter à Camp David (au détriment d’un sommet de la francophonie qui, pour la première fois, n’aura pas été conclu par le Président français - un comble) chez un Président américain qui n’est plus en mesure de prendre aucune décision jusqu’à l’entrée en fonctions de son successeur au début de 2009, le Chef de l’Etat serait plus avisé de se tourner vers les nouveaux détenteurs du capital, les pays d’Asie ou du Moyen-Orient, sans qui rien ne pourra se faire.

 

Et s’il règne encore un mystère important sur la forme que pourraient prendre ces nouveaux capitalismes, notons tout de même que le « capitalisme islamique » interdit (en application de la charia) tout recours à la titrisation qui est l’une des causes importantes de la crise actuelle.

 

Il conviendra d’être très attentif aux discours que pourra tenir le Chef de l’Etat français ce week-end en Chine, dont, pour l’anecdote, les fonds souverains ont les moyens d’acheter plus de quatre fois l’ensemble des entreprises cotées à la bourse de Paris.

 

Mais la puissance financière du pays le plus peuplé du monde ne doit pas reléguer au second plan les droits de l’homme, et la réforme financière ne pourra se faire sans réforme globale de la société, de la répartition entre le capital et le travail, sachant que, paradoxalement, si les plus modestes et les classes moyennes sont les premières victimes de la crise, ce sont eux qui permettront, par leur consommation, de remettre la « machine » en marche.

 

La tache est immense, et à défaut de nationaliser les banques, veillons au moins à ne pas privatiser l’Etat...

 

 

(*): Jean-Luc Gréau, par ailleurs auteur de L’Avenir du Capitalisme (2005) et du La Trahison des Economistes (2008), débattra avec Roland Hureaux, ancien collaborateur au cabinet de Philippe Séguin, le 14 novembre prochain en fin de journée à la faculté de Droit de Montpellier.

17 octobre 2008

Edvige Bertrand

Le Président de la République a déposé plainte contre l’ancien patron des Renseignements Généraux, Yves Bertrand, suite à la publication d’extraits de « carnets secrets » par l’hebdomadaire Le Point la semaine dernière.

 

081017 carnet2.jpgC’est la seconde fois (après l’affaire du SMS sur laquelle il s’était finalement rétracté) que l’actuel Chef de l’Etat este en justice, ce qu’aucun de ses prédécesseurs n’a jamais fait (La rupture…). Il estime sans doute qu’il a le droit, comme chaque citoyen, de se défendre, mais oublie que depuis février 2007 notre Constitution confère au Président un statut juridique dérogatoire au droit commun (disposition sur laquelle il n’a pas jugé utile de revenir lors de sa réforme « historique » de juillet dernier), et qu’il n’est par conséquent pas tout à fait un citoyen comme un autre.

 

Que reproche à M. Bertrand le Chef de l’Etat ?

 

D’avoir consigné dans des carnets personnels des « informations » qui n’ont jamais été utilisées, dont la collecte n’a pas empêché sa confortable élection en 2007. Et il nous assurera, si nécessaire, que tout ceci n’est pas comparable avec l’affaire des terrains de Bernadette en 1995…

 

Parallèlement, il envisageait il y a encore quelques semaines d’officialiser que des renseignements de la nature de ceux qui ont été dévoilés par la presse soient consignés dans un fichier consultable par des dizaines (si ce n’est des centaines ou des milliers) de fonctionnaires, Edvige.

 

Il aurait sans doute été plus inspiré de demander au ministre de l’Intérieur et au Garde des Sceaux une enquête aux fins de savoir qui a pu transmettre à des journalistes des documents qui auraient sans doute conservé à jamais leur caractère secret s’ils n’avaient été saisis dans le cadre d’une perquisition relative à l’affaire… Clearstream…

 

Notons tout de même que toute cette histoire n’a pas porté atteinte au sens de l’humour de notre Président, puisqu’il aura attendu une semaine avant de déposer sa plainte, le jour de la Sainte Edwige !...