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27 octobre 2008

15 septembre – 21 octobre: un virage à 180°

Depuis le 15 septembre et la faillite de Lehman Brothers, on avait LA solution. Il suffisait d’appliquer au secteur bancaire ce que le Président de la République, alors ministre de l’Economie et des Finances, avait fait pour Alstom, oubliant au passage la devise qui guide l’action de tout investisseur « raisonnable » intervenant sur les marchés financiers : « les performances passées ne préjugent pas des performances futures. »

 

Dans le même état d’esprit, Nicolas Sarkozy déclarait encore le 13 octobre dernier que tout engagement financier de l’Etat ne se ferait jamais sans la contrepartie d’un droit de regard sur la gestion des établissements aidés.

 

081027 teteaqueue.jpgPourtant, le 21 octobre, l’Etat décidait d’accorder aux banques 10,5 milliards d’euros sous forme de titres de dette subordonnée, opérant un véritable tête-à-queue.

 

Avant de commenter la décision, il convient de rétablir une part de vérité. Les difficultés d’Alstom remontent au printemps 2003, alors que Francis Mer était Ministre des Finances, et que son Premier Ministre, Jean-Pierre Raffarin, avait imaginé qu’Areva pourrait sauver l’entreprise, solution aussitôt rejetée par Bruxelles. L’idée que l’Etat entre directement dans le capital du groupe industriel était alors venue de l’Elysée, ce que confirment Mario Monti (ancien commissaire européen à la concurrence pourtant opposé au départ à une telle solution à l’origine) et Jean-Pierre Chevènement (que l’on ne peut pas suspecter de complaisance à l’égard de l’ancien Président contre lequel il s’était présenté en 2002). Le Ministre des finances de 2004 n’a donc fait qu’appliquer des décisions prises en d’autres temps et en d’autres lieux…

 

Mais revenons au choix qui a été fait ces derniers jours.

 

L’Etat, ou plus exactement la SFFE (détenue à 100% par celui-ci) va souscrire à des titres de dette subordonnée émis par les banques. Le remboursement d’une dette subordonnée n’étant exigible qu’après que l’emprunteur ait honoré ses engagements vis-à-vis de tous les autres créanciers, et étant par conséquent un placement très risqué, l’Etat bénéficie d’un taux d’intérêt supérieur à celui du marché (notre Premier Ministre peut ainsi se vanter devant l’Assemblée Nationale d’avoir prêté à 8%...), ce qui lui permet de se refinancer sans perdre d’argent sur les intérêts de la dette qu’il aura contractée pour prêter.

 

Tout ceci semble au premier abord une excellente opération. Toutefois, même si ce prêt ne coûtera rien au contribuable à court terme (Bercy pourrait même dégager une maigre marge sur les intérêts), l’Etat, créancier de dernier ordre, prend le risque de ne jamais être remboursé du capital de 10,5 milliards d’euros, risque équivalent à une prise de participation dans le capital des établissements aidés, mais qui le prive de l’opportunité de percevoir des dividendes, d’engranger une éventuelle plus-value sur la revente des titres, et surtout d’un quelconque droit de regard sur l’utilisation des fonds alloués. Il est ainsi assez surprenant, alors que l’on veut, à juste titre, réformer le système financier, de distribuer des milliards à l’aveugle.

 

Au-delà de ces aspects techniques qui pourraient, contrairement à ce que l’on nous explique, avoir des incidences non négligeables sur les finances publiques, la crise que nous traversons est la meilleure preuve de la nécessaire coexistence d’un secteur public fort et de sociétés de capitaux privés dans les domaines essentiels, y compris dans le secteur bancaire, ce qui aurait permis aujourd’hui à l’Etat de se substituer aux banques privées pour le financement de l’économie et des collectivités sans avoir à payer leurs erreurs.

 

Il ne fait aucun doute (il suffit de regarder le nombre de livrets A ouverts durant le mois de septembre à la Banque Postale) que les Français (obligés de détenir un compte et d’y verser leur salaire) auraient ces dernières semaines transféré leur argent et leur épargne vers un établissement public, et que, sachant que cela pouvait se produire, les banques privées se seraient comportées différemment ces dernières années, ce qui aurait, a minima, atténué les effets de la crise…

 

On constate, comme dans de plus en plus de secteurs de la vie quotidienne, que les banques bénéficient d’un véritable oligopole leur permettant d’imposer leurs règles, jusqu’à présent à leurs clients, et maintenant aux Etats.

 

On nous parle d’un nouveau Bretton Woods alors que ce sont les accords de Bâle, 2èmes du nom, qui sont en cause, et qu’il serait sans doute encore plus utile de se pencher sur un nouveau Sherman Anti-Trust Act qui, en 1890, avait posé les bases de la concurrence « moderne ».

 

Personne ne contredira Henri Guaino lorsqu’il évoque « un autre équilibre entre politique et marché ». Espérons, alors qu’il cautionne depuis plus d’un an une politique très éloignée des thèses qu’il défendait aux côtés de Philippe Séguin ou de Jean-Pierre Chevènement, qu’il sera enfin écouté, ou cessera au moins d’avaler des couleuvres qui ne semblent pour l’instant pas peser bien lourd face à une reconnaissance médiatique qu’il attendait depuis si longtemps...